Centre National de la Musique annoncé pour janvier 2020, mais de quoi s’agit-il ?

Photo Israel Palacio

Ça fait un moment qu’elle traîne, cette idée d’offrir à la musique, dernier art vivant en France à ne pas avoir de Centre National, une maison commune. Les premières ébauches d’un tel projet remonteraient aux années 60-70, sous l’impulsion du directeur de la musique au Ministère de la Culture, Marcel Landowski. C’est ensuite sous le mandat de Sarkozy que l’idée a réapparu, avant d’être enterrée par la Ministre Filipetti à l’ère Hollande. Françoise Nyssen, ancienne ministre de la culture de Macron, avait commandé un rapport à Roch-Olivier Maistre, conseiller à la Cour des comptes pour estimer les besoins de la filière et les possibilités en termes de financements. Après avoir été annoncé pour janvier 2019 par le nouveau ministre Franck Riester, puis repoussé, l’Assemblée Nationale a voté début mai la création de ce CNM pour janvier 2020.

« Maison commune » à qui ?

Ce centre national est censé regrouper et s’adresser à tous les acteurs de la musique ; de l’édition au spectacle vivant, en passant par la musique enregistrée.

Qu’est-ce qu’on retrouverait dans cette maison commune de la musique ?

Il s’agirait de regrouper des entités déjà existantes dans le paysage musical français, à commencer par le CNV (Centre National de la chanson, des Variétés et du jazz), qui recueille la taxe fiscale sur les billetteries et les reverse sous forme d’aides et de subventions, l’IRMA (Centre de d’information et de ressources pour les musiques actuelles), le FCM (Fonds pour la Création Musicale) et le Bureau Export (asso qui accompagne la filière musicale française dans le développement de ses artistes à l’international) ou encore le CALIF (Club action des labels et des disquaires indépendants français) et d’y ajouter les budgets et programmes du ministère de la Culture liés aux musiques pour améliorer la gestion des subventions et des crédits d’impôts.

À quoi ça sert ?

L’idée est de rassembler le secteur musical, qui compte d’une part un nombre très important d’acteurs, et qui se trouve en plus divisé en deux grands pôles qui n’échangent que peu, les musiques savantes et les musiques actuelles. Pour le dire simplement, les musiques savantes fonctionnent depuis longtemps sur un schéma de subventions tandis que les musiques actuelles sont sur un modèle d’économie de marché, une véritable industrie. Le CNM pourrait être un moyen de rééquilibrer les moyens mis à la disposition de chacun des acteurs.

Le monde de la musique doit faire face à plusieurs problèmes majeurs, l’effondrement du marché du disque qui a laissé place à l’essor du streaming, qui paye en clopinettes et soumet les artistes et labels à une dépendance vis-à-vis des acteurs numériques, et d’autre part, la surpuissance des Live Nation, Fimalac et autres Vivendi, grosses multinationales qui avalent le marché de la production de spectacles et concurrencent les plus petits acteurs du terrain, qui ne peuvent rivaliser. Le CNM, s’il est conçu comme un outil représentatif de la diversité de la filière et prend en compte les structures associatives, et les PME de l’industrie musicale, pourrait permettre de soutenir ces dernières face à ces difficultés croissantes.

Parmi les missions du CNM prévues par la loi votée par l’Assemblée en mai on trouve le soutien à la création et la diffusion, l’appui au rayonnement de la musique française à l’étranger, une mission d’observation de la filière et d’accompagnement des acteurs. Un amendement précise également que le CNM aura pour mission de favoriser l’égalité Femmes-Hommes dans l’accès aux métiers de la musique.

Comment ça se finance ?

Un budget de 100 millions d’euros a au départ été évoqué, avant que le rapport de Roch-Olivier Maistre évalue les besoins à 60 millions. C’est dorénavant de 20 millions d’euros seulement dont il est question dans le dernier rapport en date, commandé par Riester à deux députés, Pascal Bois (LRM, Oise), secrétaire de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, et Emilie Cariou (LRM, Meuse), vice-présidente de la commission des finances à l’Assemblée.

Cet argent serait issu pour moitié de taxes sur le spectacle vivant prélevées par le CNV. Une seconde piste de financement serait l’augmentation des crédits d’impôts musique déjà existants pour les producteurs phonographiques et le spectacle vivant. Enfin, une partie pourrait provenir de la taxation de la sphère numérique. La question de l’argent n’est donc pas encore réglée, bien qu’un grand nombre des acteurs du secteur s’accordent pour dire que c’est les moyens mis sur la table qui feront l’efficacité et la pertinence d’une telle super-structure.

Après un passé agité et plusieurs enterrements à son actif, le serpent de mer que constitue le Centre National de la Musique suscite donc des espoirs autant que de la méfiance.

 

Retrouvez le texte de loi adopté le 6 mai par les députés : http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta/tap0261.pdf