Santé mentale des musiciens : des chiffres inquiétants

Solitude, peur de l’échec, précarité, rythme de vie effréné et dépression post-tournée : la santé mentale des artistes est mise à rude épreuve. Un constat qui n’est pas neuf (voir notamment le colloque de mai 2017 initié par Médecine des arts, la FEDELIMA et le Moloco dont les conclusions ont été rendues en janvier 2018), mais qui refait surface à l’occasion de la publication par une entreprise suédoise de distribution digitale nommée Record Union. Cette dernière a en effet réalisé une enquête auprès de 1500 des artistes inscrits sur sa plateforme, pour des résultats plutôt révélateurs. 3 musiciens sur 4 ayant répondu ont fait part d’émotions négatives (stress, anxiété, dépression), liées directement à leur pratique artistique et leur carrière musicale. Plus précisément, 33% d’entre eux ont déjà vécu des crises d’angoisse, mais la plus grande majorité, 73% connaissent des épisodes d’angoisse et 69%, de dépression. Sur la totalité du panel des 1500 artistes, c’est chez les jeunes (18-25 ans) que ces symptômes sont le plus fortement présents.

Les causes sont multiples, mais les 3 principales avancées par les artistes dans cette enquête sont les suivantes: la peur de l’échec (69%), l’instabilité financière (59%) et la pression de la réussite (58%).

Cette entreprise, désirant participer à l’amélioration du climat du monde musical et mettre la santé des musiciens au premier plan, propose jusqu’au 3 juin aux personnes ayant des projets de prévention des risques mentaux chez les musiciens de les poster sur the73percent.com. Les 10 projets sélectionnés se partageront ensuite les 30 000 dollars réunis par la boîte pour lutter contre ce fléau.

 

Et en France ? Lancement d’une enquête par la Guilde des artistes de la musique

Il est intéressant que le milieu de la musique prenne de plus en plus au sérieux cette problématique du mal-être mental des musiciens. En France, le colloque cité plus haut de Médecine des arts, du Moloco et de la FEDELIMA peut être vu comme un premier jalon dans cette prise en compte de la santé des artistes, qui ne demande qu’à être développée par tout le secteur musical, si ce n’est la société dans son ensemble car l’image romantique de l’artiste en souffrance est aujourd’hui encore beaucoup trop répandue. Les choses semblent bouger ces temps-ci, la GAM (La Guilde des Artistes de la Musique) ayant donné naissance à un collectif nommé Cura, qui vient de lancer un sondage dédié à tous les acteurs de la musique pour faire le point sur les difficultés du secteur.

Et pour une analyse plus détaillée des maux des musiciens, et tout particulièrement ceux liés et nourris par l’industrie musicale, n’hésitez pas à consulter le webdocu de Gonzaï publié en début d’année : Un peu, beaucoup, à la folie